vendredi 30 septembre 2011

Enrôlement : les raisons d’un malaise.




La région du Gorgol, située dans le sud mauritanien, ou prédominent les populations négro-africaines, est en effervescence depuis le samedi 24 septembre 2011. L’opération d’enrôlement des populations, entamée par les pouvoirs publics, dit-on, pour améliorer la fiabilité des fichiers d’état civil en est la cause.

Ce que reprochent les manifestants à cette opération est essentiellement le fait qu’elle repose sur une visée discriminatoire destinée à contester la nationalité aux populations de la vallée et ce qu’ils demandent est son arrêt systématique et immédiat ou, à défaut, sa suspension temporaire pour résoudre les problèmes engendrés aux tout débuts de son démarrage.

Des manifestations, au départ, strictement pacifiques, ont eu lieu dans la ville de Kaédi, capitale de cette région, avant de se répandre, deux jours plus tard, à la ville de Maghama, situé à 110 kms au sud-est de kaédi. Les forces de maintien de l’ordre dans ces deux villes, confondant manifestation et révolte, ont fait des interventions musclées pour étouffer dans l’œuf ce qu’ils ont qualifié de provocation et trouble de l’ordre public.

Ceci a conduit à une radicalisation du mouvement, et à une escalade de violences aux conséquences désastreuses sous formes d’actes de saccages et de vandalisme de la part des manifestants avec les conséquences regrettables que l’on a vu : des bâtiments administratifs brulés, des voitures calcinées, des échauffourées, des heurts, des courses poursuites, en somme une répression sauvage causant des dizaines de blessés et des morts. Devant cette détérioration malencontreuse de la situation, il est légitime de prendre du recul et se demander : Pourquoi en est-on arrivé là ?

La Mauritanie a engagé une opération d’enrôlement qui a débuté en Mai dernier. La nature de cet enrôlement et les objectifs visés sont profondément justifiés et profitables à toute la Mauritanie dans la mesure où il permettra de corriger le fichier actuel de l’Etat civil truffé d’erreurs et apportera un nouvel outil beaucoup plus performant, plus sur et plus fiable. Mais c’est le coté conceptuel de l’opération et sa mise en œuvre qui semblent être à l’origine de tous les malheurs que nous vivons aujourd’hui.

Les manifestations du Gorgol, loin d’être le fait d’instigateurs politiques, sont la résultante d’un ensemble de facteurs endogènes à la société et à l’administration mauritaniennes. Elles découlent d’une incompréhension générale des objectifs de l’opération, du refus de l’attitude et des comportements de ceux qui en sont chargés et surtout le souci profond d’être reconnu comme un citoyen à part entière et non entièrement à part. Les causes directes de cette réaction seraient à trouver dans les constats énumérés ci-après :

- Premièrement la mesure de cette opération à été mal appréciée. Une opération aussi sensible qu’un changement de fichier national d’Etat civil ne peut être exécutée sans une large concertation et participation de tous les acteurs de la scène politique et surtout des populations à travers les élus locaux et les organisations communautaires.

- Deuxièmement, le choix des hommes a été mal opéré, dans la mesure où les professionnels de l’Etat civil étaient exclus du processus qui se préparait sous leurs yeux de son commencement jusqu’à son aboutissement.

- Troisièmement le choix des membres de la commission nationale et des éléments devant composer ses structures de démembrement à travers le pays a été fait sans aucun respect des règles fondamentales, de compétence, d’expérience.

- Quatrièmement, la composition des membres de ces commissions à travers le pays a battu le record du manque de représentativité des différentes communautés qui cohabitent en Mauritanie.

- Cinquièmement le démarrage a été fait à la va vite sans aucune communication préalable à la hauteur de l’importance de cette opération.

- Sixièmement, le dispositif policé mobilisé au niveau des bureaux est également source d’inquiétude et même de suspicion parce qu’inexplicable pour une simple opération d’enrôlement de ce genre.

- Enfin septièmement, la nature des questions posées par les recenseurs et les dossiers exigés sont difficiles à confectionner surtout que notre société est nomade et encore peu encline à produire les documents civiles obligatoires (Actes de naissance, carte d’identités, certificat de mariages, de décès etc.). Les deux seuls documents les plus largement détenus par tous les mauritaniens de moins de quarante ans demeurent, encore aujourd’hui, l’extrait de naissance et la carte d’identité nationale qui sont le fruit du dernier recensement à valeur d’état civil malgré beaucoup d’erreurs de transcriptions des noms ou des dates de naissance.

Pour toutes ces raisons, beaucoup de voix s’étaient bien élevées pour demander aux autorités soit d’assouplir les procédures soit de suspendre les opérations sans réaction.

Avec le démarrage du recensement, arrivent les moments de frustration, vécus quotidiennement par les populations de toutes les communautés accompagnés d’un sentiment d’incompréhension et d’hésitation, avant les peurs et les inquiétudes, et enfin le summum de tous ces états mentaux et comportementaux trouvent leurs manifestations logiques en ces mouvements de contestation qui ne sont que l’extériorisation empirique d’un malaise et d’un mal-être sociaux.

Les réponses adéquate à ce genre de situation ne se trouve certainement pas du coté de la répression. Ne commettons pas les erreurs qui ont couté chers ailleurs dans d’autres pays. Il est temps que les gouvernants apprennent à écouter le cri du peuple car le peuple ne demande qu’à être respecté à défaut d’être adulé ou adoubé. A bon entendeur….

Abdoulaye Alassane Diop
Esprit libre


Cridem

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