jeudi 19 février 2015

Entretien avec M. Abdoul Boubou Sow

Entretien avec  M. Abdoul Boubou Sow  M. Abdoul Boubou Sow est natif de Boghé et vit actuellement en Espagne, il fait partie intégrante des anciens politiciens et ici, il donne son point de vue, à travers l’entretien qu’il nous a accordé avec plaisir.

Hebdomadaire – Mauritanoix : qui est vraiment Abdoul Boubou Sow ?

Abdoul Boubou Sow : Je suis citoyen mauritanien et fier de l’être. Je suis du village de Dioullome, au nord-ouest de Lobboudou Mboon, juché sur une dune de sable qui surplombe les plaines d’Afnilla mboonnaabe, koloyla e thiakatté. Je suis de la première promotion de l’école de Sarandogou Djibéri, de la première promotion du Collège d’enseignement général de Boghé ; j’ai fait les lycées de Rosso et de Nouakchott avant d’aller en URSS faire ma formation d’ingénieur industriel en électromécanique. J’ai travaillé sept ans à la SNIM-sem de Zouerate au PG11comme chef de service de maintenance des engins miniers et ce, jusqu’aux années de braise abattues sur le pays 1989-1991. Je suis aussi militant de première heure du mouvement national démocratique. Depuis 1997 je vis en Espagne mais reste lié au pays de cœur et d’esprit.

Hebdomadaire – Mauritanoix : Quelle lecture faites- vous de la situation politique et économique du pays?

Abdoul Boubou Sow : Loin de toute vision politicienne, comme citoyen mauritanien lambda, je vois son présent et son avenir pleins d’embûches. Le pays est très riche mais c’est une infime minorité qui en profite. La grande majorité vit dans la plus profonde misère. Nous avons le fer, le poisson (nos côtes restent encore parmi les plus poissonneuses du monde), nous avons le pétrole, l’or, le cuivre, des potentialités agricoles et d’élevage énormes ; notre population n’atteint pas les quatre millions d’habitants.

La plus grosse et la plus grave misère qui nous ruine est l’ignorance ; nous nous résignons à la fatalité, à cela s’ajoute l’hypocrisie de nos dirigeants politiques au pouvoir ; ils ont le pays comme leur besace de miel sous l’aisselle et s’arroge l’exclusivité d’y mettre le doigt si non la main toute entière pour en savourer le contenu ; gare à celui qui s’approche ou qui ose demander sa part : il sera taxer de tous les maux : intrus, étranger, mercenaire etc etc. aussi les rangs des mécontents, des exclus, des frustrés ne font que s’élargir de jour en jour et le régime actuel continue à faire la sourde oreille et réprime sans relâche tout ce qui bouge ou ose lever le petit doigt pour protester.

Aussi le pays est sur une poudrière et ça peut exploser d’un moment à l’autre. Si le malheur arrive, il n’arrivera jamais seul et c’est la Mauritanie entière qui perdra, à moins que le bon Dieu nous fasse revenir à de bons sentiments : l’égalité, la paix, la solidarité et le partage dans une unité nationale retrouvée. Cette année, la famine nous guette : pas de pluies et le fleuve n’a pas débordé ; le mouvement citoyen est en plein essor dans tout le pays, pouvoir et opposition se regardent en chien de faïence.

Hebdomadaire – Mauritanoix : En tant que Boghéens, Ressortissant, avez-vous d’autres projets ou initiatives pour aider la commune de Boghé?

Abdoul Boubou Sow : Je suis et reste le fils de ce terroir qui m’a vu naitre et grandir ; aussi où que je me trouve je le garde en mémoire. Je sais par chœur les besoins du coin : la santé, l’éducation, le développement durable et social. Les populations doivent se lever ensemble pour elle-même et par elle-même pour prendre leur destin en main pour sortir de la misère et du sous-développement ; l’apport des gouvernants et des bonnes volontés est indispensable. Avec mes relations ici en Espagne j’ai pu avoir deux ambulances pour le dispensaire central de Boghé. J’ai pu faire construire une école primaire et un dispensaire au village ; j’avais décroché un financement pour une coopérative agricole de maraîchage afin d’aider à la lutte contre la malnutrition et pour l’autosuffisance alimentaire.

La commune a de grandes potentialités agro-pastorales qu’il faut exploiter. Boghé peut être un grenier pour le pays en général et la Ve région en particulier ; l’élevage y a longtemps prospéré. Il est bon que les services d’antan d’élevage, d’agriculture et des eaux et forêts reviennent à Boghé afin d’y jouer pleinement les rôles qui leurs sont dus. Je salue ici la construction de l’hôpital et du Centre de traitement laitier dans la commune de Boghé, les travaux d’extension du casier pilote rizicole. Ceci sera à l’actif du gouvernement actuel ; je les en félicite personnellement et les encourage à en faire davantage. La Mauritanie et le Sénégal sont deux pays frères et amis. Boghé pourra jouer un grand rôle de rapprochement et d’échange sur tous les plans : social, culturel et économique entre nos deux pays.

Pour la commune, toute la diaspora est entrain de se mobiliser pour créer une organisation qui apportera un appui et soutien à tous les projets de développement de la Commune. Nous souhaitons que les menaces d’expropriation des terres de culture et de pâturage qui pèsent sur nos populations cessent ; pour la concorde, la paix, l’unité et la solidarité. Nous souhaitons que le gouvernement pense à la création d’une université, d’un centre culturel doté de la nouvelle technologie. La mairie de Boghé a l’hygiène et la salubrité parmi ses priorités. Les infrastructures sportives pour les jeunes. Parmi nos rêves légitimes je peux citer le développement de la sylviculture dans le marigot de Djinthiou, la création de centres de transformation et conservation des produits locaux en vue d’une saine consommation et commercialisation.

Hebdomadaire -Mauritanoix : Le pouvoir appelle l'opposition au dialogue est ce pour vous la meilleure solution pour travailler ce pays?

Abdoul Boubou Sow : En démocratie le pouvoir et l’opposition sont des forces politiques en lutte permanente pour la sauvegarde et la prise du pouvoir. C’est une lutte normale. Tout pays, pour son développement a besoin de paix et de tranquillité et la Mauritanie ne dérogera pas à cette règle. La crispation politique n’a que trop duré. Le dialogue entre pouvoir et opposition n’est plus qu’indispensable. Le temps des dictatures et des coups d’état militaires doit être à jamais révolu.

Aussi toutes les forces politiques dans le pays doivent participer sans exclusive, à ce dialogue pour sortir le pays de l’impasse et le sauver des dangers et malheurs qui le guettent. Un dialogue franc et sincère. L’histoire nous enseigne que quelque soit le niveau de la confrontation ou du conflit, on finira par s’asseoir au tour d’une table de négociation. Il faut revenir à de bons sentiments sien plus nous sommes musulmans, donc frères et sœurs. « Veut pour ton frère ce que tu veux pour toi-même » ; ici, une haine viscérale entre le pouvoir et l’opposition n’a pas de place si on place l’intérêt du pays au dessus de tous.

Hebdomadaire – Mauritanoix : Vous venez de perdre un ami, parent et collègue grand journaliste Mr Moussa Diop?

Abdoul Boubou Sow : Le décès de Moussa Diop est une grande perte pour Boghé et pour la presse indépendante nationale. De son premier journal « Éveil-hebdo » à « Nouakchott-Info », il a su nous tenir informés par sa superbe plume de tout ce qui se passe dans le pays ; avec modestie et simplicité il est resté en constant contact avec les réalités de nos masses populaires. Qu’il repose en paix en terre boghéenne et que le bon Dieu l’accueille en son paradis.

Hebdomadaire – Mauritanoix : Votre dernier mot à l'endroit des populations ou ressortissants?

Abdoul Boubou Sow : Hamady, je te remercie de tout cœur de cette opportunité que tu m’as donnée. J’appelle toutes nos populations à se lever, unies dans leur diversité pour lutter contre la misère et le sous-développement. Soyons de vrais musulmans, soyons des frères et des sœurs soucieux de l’avenir de la Mauritanie, notre pays, le pays de tous. A nos ressortissants de la Commune de Boghé qui sont dans la diaspora, je les invite à s’organiser, d’être à l’écoute des préoccupations de nos populations et, ensemble chercher les voies et moyens pour aider ces dernières à sortir de leur misère par le travail. Ils peuvent mobiliser beaucoup de ressources pour venir en aide à la Commune dans la réalisation de plusieurs projets de développement durable.

Propos recueillis par Diop Mohamedou Abou dit H.Bodiel
Hebdomadaire Mauritanoix -

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