jeudi 4 décembre 2014

Les travailleurs de la MSP à l’entrée Nord de Nouakchott : La 'gazra' des marcheurs

Les travailleurs de la MSP à l’entrée Nord de Nouakchott : La 'gazra' des marcheurs A la sortie de Nouakchott, sur l’axe menant à Akjoujt, une vingtaine de taudis et de tentes de fortune se dressent sur les dunes, à quelques centaines de mètres du poste de police. Rien ne semble attirer l’attention. Depuis que Nouakchott existe, la gazra est un phénomène récurrent qui n’étonne plus personne. Mais cette fois, il ne s’agit pas d’une gazra.

Ce sont plusieurs dizaines d’hommes de tous âges et de toutes corpulences qui attendent « on ne sait quoi », pour reprendre les propos d’un d’entre eux qui se présente comme leur porte-parole. Nous sommes aux environs de midi. Les couvertures sont encore défaites.

Les draps et haillons qui servent de tapis ne sont pas encore rangés. Les ustensiles de thé distillent la magique boisson qui permet, à ces travailleurs venus de si loin, de garder le courage de braver le froid de cette fin de novembre, endurer la souffrance de l’injustice et supporter la séparation des familles dont ils ignorent le sort.

Eux, ce sont les deux cent- six travailleurs, licenciés de la MSP de Zouérate, qui ont décidé, un certain 1er Novembre 2014, de marcher sur Nouakchott, pour exposer leur cause aux plus hautes autorités de ce pays. Après un mois de marche – vingt-cinq jours exactement – les voici aux abords de la capitale, déterminés à ne pas bouger avant d’être entièrement remis dans leurs droits.

Injustice

« Tout a commencé », déclare Abdallahi Ould Jedehlou, le porte-parole officiel des plus de quatre cents gardiens et agents de sécurité débauchés par la MSP, « par la réclamation des droits que la société avait promis de nous accorder.

Droits reversés, il y a neuf mois, par une vingtaine de sociétés qui opèrent dans le tâcheronnat, au profit de la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM) ».


Selon les documents que montre Ould Jedehlou, dont un procès-verbal de conciliation collective N° 0024, en date du 15/11/2013 et libellé sur la base de l’article 340 du Code du travail, où la MSP s’est engagée à honorer tous ces droits, sous signature du wali du Tiris Zemour, du PDG de la société, du président de son conseil d’administration, respectivement les deux anciens colonels Sidi Ould Riha et Cheikh Ould Baya, ainsi que de l’inspecteur du travail et des représentants des travailleurs.

Dans cet accord, la MSP promet d’améliorer les conditions des travailleurs, en s’engageant, entre autres mesures (reconduction de l’ancienneté, de la catégorie et du salaire…), de procéder à une augmentation de salaire de 10%, sur le traitement de base de chaque employé.

Or, d’après le libellé de deux bulletins de solde présentés par le porte-parole, les salaires des employés ont, à l’inverse, baissé de plus de quinze à vingt mille ouguiyas ! Au lieu des 119 500 UM qu’il percevait, avec la société qui les reverse, désormais, à la MSP, un employé ne touche plus que 96 869 UM avec cette dernière.

Sans décolérer, Abdallahi ould Jedehlou rappelle, au passage, la promesse électorale de Mohamed Ould Abdel Aziz de régler définitivement le problème des journaliers de Zouérate. « Une promesse », dit-il avec amertume, « restée lettre morte ».

Après plusieurs tentatives du wali de trouver une solution amiable, en faisant rencontrer toutes les parties, le directeur général de la MSP déclare, publiquement, qu’il ne fera plus travailler aucun de ces anciens employés et les fait aussitôt remplacer par d’autres moins disants, malgré les dispositions légales, très claires en l’occurrence.

Et « comme si cela ne suffisait pas », continue Ould Jedehlou, « nous avons fait l’objet de toutes sortes de menaces et provocations. Nous avons alors compris que nos employeurs sont, tout simplement, couverts par le pouvoir ».

Longue marche

Après avoir épuisé toutes les voies possibles et constaté que les responsables de la MSP « pour des raisons que nous ignorons », précise Ould Jedehlou – n’obtempèrent pas aux injonctions des autorités locales et ne respectent pas les lois en vigueur, les travailleurs ont décidé d’organiser une marche vers Nouakchott pour demander justice au chef de l’Etat.

Le 1er Novembre 2014, deux cent- six hommes des quatre cents licenciés prennent la route, avec deux voitures louées à vingt mille ouguiyas/jour et au bord desquelles les provisions et deux tentes sont transportées. A Yagrev, une délégation de l’UPR, composée du secrétaire général du parti et du fédéral d’Akjoujt, est envoyée à leur rencontre.

Sans succès. Les travailleurs refusent d’arrêter la marche. Le président de l’UPR fait intervenir le SG de l’Union Indépendante des Travailleurs de Mauritanie (UITM), Mohamedou Ould Nahah. Le dialogue n’aboutit pas plus, après six jours passés, par les travailleurs, dans une auberge, entièrement pris en charge par le fédéral d’Akjoujt.

Reprise de la marche. Le 25 Novembre, les marcheurs arrivent à vingt-cinq kilomètres de Nouakchott. C’est là que la gendarmerie les arrête. Les autorités exigent une autorisation officielle pour entrer en ville.

Les travailleurs délèguent alors deux d’entre eux pour obtenir le document auprès du wali… qui les envoie chez le hakem de Dar Naïm… qui les renvoie chez le wali… qui les fait attendre jusqu’à dix-huit heures… pour leur exprimer, au final, son refus catégorique de leur délivrer l’autorisation.

Les travailleurs se concertent alors et décident de rester plantés là, jusqu’à obtenir le droit de rencontrer le président, « seul interlocuteur avec qui discuter efficacement ». A cette fin, « nous sommes prêts à attendre longtemps », déclare Ould Jedehlou au nom de ses camarades.

« Par la grâce d’Allah et la générosité de quelques bonnes volontés »

Dans le petit campement, les marmites mijotent. En plein air, deux à trois sacs de riz traînent par terre et trois moutons d’abats attendent le couteau. Par petits groupes, les travailleurs attendent on ne sait trop quoi. Mais attendent quand même. Certains somnolent.

D’autres discutent. Chaque arrivée intruse occasionne un attroupement. « C’est grâce à la bonté d’Allah et à certaines bonnes volontés que nous réussissons à joindre les deux bouts », explique Ould Jedehlou. Selon lui, les proches de quelques travailleurs leur ont fourni provisions, couvertures et tentes.

Le banquier Mohamed ould Noueygued leur a envoyé dix moutons, une femme d’Atar expédié quatre-vingt-seize couvertures, un autre leur a donné trois cents mille ouguiyas, encore un autre deux cents mille et divers autres dons tombent toujours à pic, pour leur permettre de continuer le combat.

Une semaine après leur arrivée, seul le président du parti Karama et l’une de ses députés, Lalla Mint Hassena, leur ont rendu visite. Leurs tractations, auprès du ministre de la Fonction publique n’ont, apparemment, servi à rien.

Ould Jedehlou rappelle, à qui veut l’entendre, que leur action n’a rien de politique et que toutes les bonnes volontés éprises de justice susceptibles de les aider à recouvrer leurs droits, de quelque tendance qu’elles soient, sont les bienvenues.

« Nous ne retournerons jamais à Zouérate sans nos droits »

« Nous sommes là. Jamais nous ne retournerons à Zouérate, sans avoir entièrement recouvert nos droits ». Ould Jedehlou me présente un homme qui vient d’arriver. « C’est », me dit-il, « El Hadj Ould Mohamed Vall, délégué général ». Celui-ci explique que la stratégie de la MSP était de laisser les travailleurs marcher.

Dans sa logique : certains se désisteront ; les autres mourront. Mais voilà que, par la grâce d’Allah, tous sont arrivés. « C’est une baraka ! Une preuve que nous sommes sur la voie juste ! ».

Selon El Hadj, les nouvelles de Zouérate rapportent que les femmes des travailleurs grévistes s’apprêtent à les rejoindre avec leurs enfants. « Ce qui est sûr, c’est que nous ne bougerons pas d’ici, sans avoir obtenu tous nos droits ! ».

Selon les responsables des travailleurs, « il n’y a que le président Mohamed ould Abdel Aziz qui puisse régler notre problème et c’est à lui que nous nous adressons ». Les deux hommes tiennent à rappeler que leur action est tout aussi pacifique qu’apolitique et n’est pas organisée contre l’Etat.

« La preuve : les malveillants qui se préparaient à infiltrer, parmi nous, des délinquants, afin de discréditer nos revendications légitimes, sont restés sur leur faim. Nous avons en effet demandé, aux autorités d’assurer l’organisation pacifique de notre marche vers la présidence ».

En attendant, la petite gazra des travailleurs-marcheurs donne déjà des idées à certains spécialistes nouakchottois du squatt. « La gazra des marcheurs », un joli nom qui viendra s’ajouter aux autres célèbres gazras de la capitale, comme Lemgueyti, Chebab, Aziz et autres Gaza ou Charm El Cheikh…

Sneïba El Kory

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