vendredi 22 octobre 2010

Esclavage à Rosso : travail sans salaire





Rosso est secoué depuis quelques jours par un problème d’esclavage. Le bras de fer entre ceux qui dénoncent cette pratique inhumaine et ceux qui la pratiquent sans vergogne est désormais monnaie courante.

D’un coté les esclavagistes qui tiennent par tous les moyens à camoufler et entretenir une pratique désormais officiellement interdite par les pouvoirs publics et de l’autre les ONgs des droits de l’homme qui militent pour l’éradication de cette pratique en mettant parfois du zèle dans leur façon de faire.

En effet, il arrive que la relation entre maître et esclave se transforme en relation fraternelle mais certains militants de droit de l’homme trouvent toujours le moyen de rendre cette dernière archaïque et néfaste. Dans ce cas, nous avons recueillis les versions des deux parties opposées.

VERSION DE L’IRA au nom de Aichettou


Jeudi 30 septembre 2010, Biram Dah Abeid, président de Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste de Mauritanie (IRA-Mauritanie), a été informé qu’une jeune femme esclave du nom de Aichetou mint M’bareck et ses deux filles, Moyna, 16 ans et Mabrouka, 10 ans, ont subies des châtiments sauvages, d’un maître d’esclaves du nom de Yedali ould Veyjeh, un homme de l’ensemble tribal des oulad Benioug,.

Au nom de l’IRA, Biram invite Aichetou à se rendre au bureau de l’ONG à Nouakchott en expliquant sa disponibilité à assister la victime pour se libérer de l’esclavage. Aichétou , très fragile et ayant peur des ses maîtres n’a pas pu faire le pas de s’enfuir chercher l’assistance de IRA, mais à sa place, sa sœur Moyna, qui avait fui ses maîtres des années avant, se rend dans les bureaux de l’IRA, à Nouakchott, le vendredi 01 octobre 2010. Elle sollicita l’assistance de celle-ci pour libérer sa sœur et ses enfants.

L’ONG la fait accompagner par trois de ses militants, Issa ould Alioune, Moloud ould Bouby et Abdoul Ahad ould Bouthiah. Ils quittèrent Nouakchott vers 23h, arrivèrent tard dans la nuit au PK 14, ils trouvèrent la pauvre Aichetou, ses enfants et son mari, dans un hangar de fortune (demeure habituelle des esclaves domestiques chez les arabo-berbères) ; elle décida après concertation avec son mari d’accompagner sa sœur et les militants de l’IRA, pour porter plainte contre ses maîtres, et voilà ce qu’elle raconte selon Biram :

"Je m’appelle Aichétou Mint M’bareck, née en 1975 à Rach (localité du département de Rosso et Wilaya du Trarza). Mon père s’appelle M’bareck, esclave de la famille Ehel Veyjeh. Ma mère se nomme Salma Mint Bah Ould Abeid, esclave aussi des familles Ehel Veyjeh et Ehel Elhaj, toutes deux de la tribu Oulad Bénioug, et habitant à 13 km de la ville de Rosso.

J’ai une sœur qui s’appelle Moyna Mint M’bareck Ould Abeid. Nous ne partageons pas le même père. Elle est ma sœur ainée. Nous avons un frère qui s’appelle Boylil, plus âgé que nous. Il a fuit l’esclavage et nous a quitté depuis plusieurs années. Après le Sénégal, il s’est installé dans la localité de Chagara, à l’Est de Rosso. Il ne nous rend jamais visite, nos maitres continuent de dire qu’il est toujours esclave.

Nous avons un autre frère qui s’appelle Bah, plus jeune que moi, il a été affranchi par nos maitres, les Ehel Veyjeh et c’est l’ex député de Rosso et fonctionnaire au ministère de l’éducation national Mahand Baba Ould Moctar Ould Baba ( il est en même temps notabilité religieuse et guide spirituel dans le département) qui a rédigé son certificat d’affranchissement. Mon frère Bah avait demandé l’affranchissement parce que la fille qu’il a mariée est affranchie et il a été stigmatisé pour sons statut d’esclave dans les milieux de cette dernière.

La maitresse de ma mère est mama Mint El Veyjeh, qui est mariée à M’bi Ould El Hadj, de la tribu des Oulad Kliva. Suivant la coutume, Mama Mint El Veyjeh amena de chez ses parents, comme cadeau de mariage, ma mère Salma Mint Bah, chez ses beaux parents Ehel Haj. Lorsque mes frères et ma sœur et moi-même avons grandi, nos maitres nous ont partagés entre les deux familles, Ehel Mbi Ould El Hadj et Ehel Mohamed Ould Veyjeh.

Moi je suis restée chez Ehel Mbi Ould El Hadj, ma mère et ma sœur sont chez Mohamed Ould El Veyjeh. Ma sœur Moyna a pris la fuite de chez ses maitres en 1992. Elle s’est installée dans les bidonvilles de Nouakchott, lieu de refuge de la majorité des esclaves en fuite ou esclaves marrons.

Ma mère a continué de travailler comme esclave dans cette famille jusqu’à ce qu’elle devenue aveugle. Après sa cécité, ses maitres l’ont affranchi et abandonné. Son fils Bah l’a récupéré et elle est chez lui à Rosso présentement.

Moi, Aichétou, j’ai sept enfants qui sont : Moyna (16 ans), Salma (14 ans), Mama (12 ans), Aminetou (10 ans), Mbi (08 ans) et Limam (1 an 5 mois). Je suis toujours esclave chez Ehel Mbi Ould El Hadj. Tous mes enfants sont avec moi et travaillent pour la famille de nos maitres et ne font pas l’école. Deux de mes enfants, Mbi (08 ans) travaille chez le fils de nos maitres Guorgui Ould El Hadj, un ex policier vivant maintenant à Nouadhibou ou il a emmené mon fils. Mabroucka (10 ans) travaille et vit avec l’un des membres de la famille de nos maitres Yedaly Ould Mohamed Ould El Veyjeh, habitant à 14 km de Rosso.

Nos maitres ne nous paient pas en contrepartie de notre travail, au contraire, il fut un temps ou c’était mon mari Bilal Ould M’boyrick qui travaillait pour nous nourrir et nourrir nos maitres. Je ne sais pas ce qui arrive à mes enfants qui ne vivent pas avec moi. Je sais quand même qu’ils travaillent pour leurs maitres et ne vont pas à l’école. Je sais aussi qu’ils subissent parfois des châtiments corporels. Par exemple Houda Oud Ethmane Ould El Hadj a violemment battu ma fille ainée (Moyna) avec une branche d’arbre.

Justement ma fille Moyna s’est mariée avec un certain Cheybani, elle a un enfant, âgé d’une année et quelques mois ; son époux qui s’appelle Mahmoud Cheybani, a voulu amener sa femme Moyna et vivre avec elle ailleurs mais notre maitresse Aminétou Mint El Hadj, une femme infirme, vivant à 13 km de Rosso a refusé. Et depuis lors Cheybani est allé se remarier et vivre à Mederdra.

Ma fille Mabroucka qui vit toujours et travaille chez Yedaly Ould Mohamed Ould Veyjeh, a subi une brulure très grave et est maintenant très malade car devant subir une opération chirurgicale selon les dires de mes maitres. Moyna, ma fille est gravement blessée à l’œil. Elle a été frappée par notre maitre Yedaly Ould Mohamed Ould Veyjeh qui la punissait parce que l’une des sœurs de ce dernier, Feylihi, s’est plaint chez lui en disant que Moyna ne la respecte pas comme il se doit.

Yedaly, le plus méchant de nos maîtres est un homme sans pitié, violent. Après la blessure de Moyna, nous avons voulu quitter nos maîtres, nous avons même tenter d’aller nous plaindre à la police mais nos maitres, aidés de leurs voisins, ont retenu et caché ma fille, Moyna, qui est blessée et dont je voulais exhiber la blessure à la police, mais tous les voisins ont soutenu mes maitres et ont dit que c’est ignoble et immoral que je porte plainte contre nos maitres et j’ai laissé tomber sans être convaincue mais, désespérée.

Maintenant que j’ai le soutien et étant libérée des pressions de mes maitres et leurs voisins, je porte plainte contre les membres des deux familles (Ehel Veyjeh et Ehel Mbi) qui m’ont réduit et soumis à l’esclavage, mes enfants et moi. Je porte plainte contre ces gens, particulièrement Yedali ould Veyjeh, Feylihi, Mama, Daoud e Guorgui, pour le travail auquel nous avons étaient forcés mes enfants et mois depuis toutes ses années, les châtiments corporels, ainsi que la mise en péril de ma scolarité et celle de mes enfants ; je réclame une réquisition médicale pour que des médecins examinent mes enfants pour mesurer l’ampleur des sévices physiques et corporels qu’ils ont subis, en particuliers les coups et blessures que Yedali a commis contre ma fille Moyna et les brûlures très graves que la famille de ce dernier a commis sur ma fillette Mabrouka qui travachez eux comme esclave" .

La mission de IRA-Mauritanie, dirigée par Biram Dah Abeid, a saisi hier matin le Wali (gouverneur de la région de Rosso) ; ce dernier a confier au commissaire de police de la ville de diligenter une enquête ; cette enquête commença par l’arrestation de deux des présumés coupables des crimes esclavagistes, en l’occurrence, Yedali ould Veyjeh et sa sœur Feyliha ; les deux accusés avouèrent aux policiers pendants leurs auditions de ce jour 03 octobre 2010, que Aichetou et ses enfans : Moyna 19 ans (avec son bébé de 1 ans et demi), Mabrouka, 15 ans, Tayvour ou Mbi, 12 ans, Salma, 8 ans, Mama, 5 ans, Aminetou, 4 ans, Limam, une année et demi , sont leurs esclaves par ascendance , qu’il travaillaient pour eux sans salaire, et qu’ils étaient leurs tuteurs…

Aichetou récupéra ses enfants, par l’aide de la police et l’assistance de IRA ; l’enquête est en cours et après l’audition des enfants qui se déroulera le mardi 05 octobre avec la présence d’un avocat délégué par IRA et SOS Esclaves à Rosso pour cette fin. Aichetou maintient sa plainte devant les autorités de Rosso pour demander que justice soit faite concernant sa mise en esclavage avec ses enfants, les châtiments corporels qu’ils ont subi depuis leurs naissances et dont les traces sont encore visibles.


VERSION EHL VEYJAH


Accusée à tort ou à raison d’esclavagiste, la famille EHL VEYJAH a tenu à se défendre en niant en bloc les accusations de l’IRA et c’est à travers un point de presse organisé le lundi 11 octobre 2010 à 17h au PK14 qu’elle a apporté le démenti suivant:

Gorgui Ould Yedaly professeur de son état entouré de son père Yedaly Ould Veyjah, sa tante et une bonne partie de la population du PK14 invitée pour la circonstance a, devant la presse fait un bref historique du phénomène de l’esclavage dans le monde avant d’aborder le cas Aichettou mint Mbareck qu’il considère comme sa sœur, selon ses dires..

« Ma famille a-t-il dit est victime d’une campagne mensongère et sans fondements de la part de l’ong IRA. Je reconnais que l’esclavage en Mauritanie n’a aucun fondement ni juridique, ni religieux. Certes mon grand père Veyjeh avait acheté la mère de Aichettou mais cette dernière vivait avec ma mère comme des sœurs.

Après le décès de ma mère, bah est venu récupérer sa mère qui n’est autre que la mère de Aichettou pour l’emmener vivre à Rosso. Ainsi, Aichettou et sa sœur Moina sont restées avec ma famille sans aucune contrainte. En 1992, Moina décide d’aller vivre à Nouakchott, personne de ma famille ne s’y est opposé. Puisque de toute façon, nous considérons que chaque membre de la famille est libre de faire ce qu’il veut de sa vie.

Pour sa part Aichettou a décidé de rester aevc nous et elle est traitée au même titre que mes sœurs. Nul ne peut voir ou constater une différence entre elle et mes sœurs. Sa fille Mebrouka va à l’école, elle est en classe de 5ème année. Aichettou a travaillé comme domestique dans plusieurs famille et même parfois chez nous et elle a toujours été payée à la fin du mois.

La semaine dernière Aichettou se rend à Nouakchott à notre insu, 48 h plus tard, ma famille reçoit une convocation à la police et c’est en ce moment que nous avons appris que l’ong IRA était venue tard dans la nuit pour récupérer Aichettou tout en corrompant son mari avec la somme de 40.000 um pour qu’il ne dise rien. C’est après avoir emmené Aichettou à Nouakchott que l’IRA lui a inculqué des idées loin de la réalité en lui promettant monts et merveilles si toutefois elle portait plainte contre ma famille.

Pour tout vous dire notre famille n’est pas esclavagiste, elle est aujourd’hui traînée dans la boue par l’IRA avec de fausses accusations. L’IRA qui cherche à se faire de l’argent par tous les moyens y compris les plus abjects. Je rappelle que toute la progéniture de Aichettou est scolarisée soit à l’école moderne ou l’école coranique, chose qui ne se fait pas pour les esclaves. Bref ! Ma famille portera plainte contre l’IRA devant la justice pour préjudice moral causé par cette affaire qui est un tissu de mensonge ».

Répondant à une question du CALAME, libellée comme suit : « Comment Aichettou bien traitée, vivant en parfaite harmonie avec les siens, fui tout d’un coup avec des inconnus (3membres de l’IRA) tard dans la nuit? », Gorgui soutient que Aichettou ne s’est pas rebellée mais que les 3 membres de l’IRA étaient accompagnés par Moina la sœur d’Aichettou et lui ont fait comprendre que sa mère était très malade et lorsqu’elle consent de les accompagner, ils donnent à son mari qui ne jouit pas de toutes ses facultés mentales, la somme de 40.000um pour le faire taire.

LA TRIBUNE a voulu savoir s’il existe des mariages entre les maîtres et les esclaves dans cette communauté Oulad Benioug. Oui, répond Ould Yedaly car nous ne sommes pas esclavagistes mais dans ma famille cela n’a jamais été le cas. LE CALAME qui a posé une question relative au rapport de Sidi Ould Messaoud l’un des principaux dirigeants de l’APP cité par l’IRA comme « complice » de Yedaly Ould Veyjeh.

C’est Yedaly lui-même qui réagit en disant qu’il s’agit là de la plus grande bourde de l’IRA qui cherche à salir l’image du parti et de ses militants par le canal de Sidi qui n’a rien à voir dans cette affaire ni de près ni de loin. Et d’ajouter je suis militant de ce parti et j’ai même été suspendu mais militant discipliné j’attendrai que la justice tranche pour prouver à mon parti que je suis innocent.

Dans la foulée plusieurs témoignages de participants entre autres Baba Ould Thierno notable de la localité, le doyen d’âge de la tribu,et deux autres femmes dont une voisine de la famille EHL VEYJEH ont tous versé dans le même ordre d’idée « Aichettou n’a jamais été traitée comme esclave par la famille Veyjeh ». No comment !

JIDDOU HAMOUD
hjiddou@yahoo.fr

Source :
Jiddou Hamoud

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