dimanche 12 septembre 2010

L'Education: une équation toujours au cœur des préoccupations à Touldé (Boghé).




Après les cours de vacances dispensées aux élèves de la localité pendant le mois d'Août écoulé, cette fois-ci l'Amical des Enseignants de Touldé Doubango (AETD) en guise de couronnement des l'ensemble de ses activités pédagogiques menées durant cette période vient d'organiser une grande conférence autour du thème: «Diagnostic des différentes réformes: observations générales,; propositions de solutions de rénovation".

Cette conférence a été animée par M. M'Baye Mamadou, Inspecteur de l'enseignement primaire actuellement à la retraite. C'était le Samedi, 04 Septembre dans la cour de l'école de Touldé. Le coup d'envoi officiel de la conférence été donné par madame Coumba Niang, première adjointe au maire en présence de plusieurs notables, d'enseignants, d'étudiants et de femmes.

Le conférencier a dès l'entame de son propos lâché: «la cause première de l'ignorance, c'est la corruption" et il poursuit en faisant remarquer qu'un agent de l'Etat qui accepte d'empocher 200 UM des mains d'un citoyen, n'est ni plus ni moins qu'un ignorant". Une façon pour le conférencier de démontrer à l'assistance l'importance de l'éducation du citoyen dans la moralisation de la vie publique.

Les différents systèmes passés à la loupe.


Monsieur, M'Baye a fait l'historique des différentes réformes par lesquelles est passée le système éducatif Mauritanien. Il a cité dans cette optique, le système éducatif de l'ère coloniale basée exclusivement sur la langue française et qui dira t-il avait pour but ultime d'aliéner les peuples colonisés par l'occident. Ce système éducatif a réussi affirme le conférencier à former des cadres façonnés à la culture occidentale et inféodés aux colons.

Avant l'accession de notre pays à l'indépendance, le colonisateur dans le but de perpétuer sa domination sur le pays a commencé à favoriser la communauté arabe au détriment des autres ethnies du pays. Une manière de neutraliser plus facilement et docilement la communauté arabe et d'en faire un allié de l'occident en Mauritanie.

Cette politique se matérialisera par l'introduction de la circulaire 066 consacrant le renforcement de la langue arabe dans le système éducatif. Une décision qui va entrainer des troubles interethniques dans les milieux scolaires en 1966 et appelé communément «évènements de 66 ». Année où les écoliers noirs s'opposèrent à cette reforme par la violence.

Pour calmer la situation, le régime de feu Moctar O Daddah engage une nouvelle réforme en 1973 et qui s'était assignée comme objectif « de construire un homme Mauritanien enraciné dans sa culture et tourné également vers l'avenir", en d'autres termes poursuit l'Inspecteur M'Baye, «l'école comme facteur de développement » c'était l'essence de cette réforme. Malheureusement continue le conférencier, cette réforme a pêché par un déficit de formation de ceux qui étaient chargés de sa mise en œuvre.

La troisième réforme initiée dans ce secteur date de 1979 avec la fameuse circulaire 002. Elle (réforme de 1979) avait eu le mérite d'avoir intégré l'enseignement des langues nationales (Pulaar, Soninké et Wolof) à l'école ajoute le conférencier mais sans freiner le renforcement de l'enseignement de l'arabe.

Bien que l'expérimentation des Langues Nationales s'avérait un succès dira t-il, le Ministère de l'Education Nationale (MEN) sous le prétexte fallacieux de l'inexistence de mesures d'accompagnement de la réforme 79 (arrêtés ministériels, ordonnances législatives) trouve l'occasion de saboter l'enseignement des Langues Nationales à l'école.

Et ce, malgré l'évaluation objective de l'apprentissage des langues nationales faite par des institutions (MEN, UNESCO, ILN) et qui ont conclu à sa réussite. Des rapports, malgré tout qui ne seront jamais publiés à cause des pressions politiques de certains groupuscules chauvins et qui sont hostiles à l'enseignement des LN fera t-il remarquer.

S’agissant enfin de la dernière réforme datant de 1999, le conférencier la qualifiera de la plus pire de toutes celles qui furent adoptées depuis notre indépendance. Cette réforme affirme l’Inspecteur M’Baye, a supprimé l’apprentissage des langues nationales dans le système, sauvegardée la prééminence de l’arabe et réhabilité l’enseignement du français. Une réforme aux motivations purement politiques et financières, cependant maquillée sous la forme du fameux PNDSE qui a séduit les bailleurs de fonds alors que les milliards investis n’ont pas servi à grand-chose.

Il a commenté et disséqué toutes ces réformes et fustigé l’Approche Par les Compétences (APC) qui a secrété comme résultat, des élèves qui ne sont ni arabisant, ni francisant, ni bilingues. L’APC fait appel à un principe : la langue première ou langue maternelle. Ce qui fait qu’elle ne pose pas de problème pour les enfants d’origine arabe, ce qui est loin d’être le cas pour les enfants Négro Africains qui éprouvent toutes les difficultés dans l’apprentissage des deux langues qui leurs sont imposées.

Il conclut à ce sujet : « la discrimination et la marginalisation des langues nationales dans le système éducatif constitue le principal obstacle au développement de notre système d’enseignement.Toutes les études ont prouvées que l’apprentissage de nos enfants dans d’autres langues que les siennes ne fait que les retarder et les aliéner davantage plutôt que de faciliter le transfert de compétences ». Il a également évoqué la dévalorisation de la fonction enseignante.

Quelle alternative ?

Maintenant pour les solutions envisagées, il propose l’organisation des états généraux de l’éducation, un projet rangée aux oubliettes par l’actuel pouvoir constate l’inspecteur M’Baye. Mais pour atteindre cet objectif, il faut des pressions politiques. Concrètement, la démocratisation de l’enseignement à travers un système basé sur nos langues nationales, telle est la solution proposée pour résoudre définitivement la problématique de l’éducation dans notre pays.

Débats constructifs et enrichissants.


De riches interventions sont venues s’ajouter à la contribution de monsieur M’Baye. Dans l’ensemble, celles-ci étaient axées, entre autres sur la nécessité de mettre l’accent sur l’enseignement préscolaire des enfants pour les préparer à affronter le cursus primaire, l’enseignement coranique dans les Mahadras, le manque de formation des instituteurs, la dévalorisation de la profession enseignante, le mépris de l’enseignement arabe par certains parents d’élèves, la responsabilité des APE, de l’Etat et des enseignants dans la crise scolaire, l’absence de perspectives dans le secteur pour les enseignants, l’inadaptation des supports et programmes pédagogiques, l’instabilité dans le secteur, les difficultés dans l’encadrement, la démission de l’Etat, manque d’étique et d’honnêteté dans l’exercice de la profession, la "Hassanisation" de l’enseignement à la place de l’arabe, la prééminence des horaires de l’arabe sur le français, la négligence de l’enseignement Islamique à l’école.

Défense de la langue arabe.

Certains intervenants ont fustigé le mépris de l’enseignement de l’arabe en estimant que c’est la langue de l’Islam. Les défenseurs de cette thèse (un bon nombre) ont affirmé que le refus d’encourager les enfants Négro africains à apprendre l’arabe dans nos écoles est une erreur gravissime. Et cette tendance à se détourner de l’enseignement de l’arabe a déjà compromis l’avenir scolaire de plusieurs générations. Ils avancent à l’appui des statistiques au plan local, chute du taux de réussite aux différents concours notamment (entrée en sixième, brevet d’études et baccalauréat) pour argumenter leur propos.

Solutions immédiates.


Dans sa synthèse finale, le conférencier lui, opte pour la mise en œuvre de solutions immédiates pour remédier à la faiblesse des niveaux des élèves. Parmi celles-ci : il préconise des cours de soutien et de rattrapage permanents (pendant et après les vacances) pour les élèves et la généralisation de l’alphabétisation dans les langues nationales. Des mesures qui doivent être appliquées par des enseignants volontaires comme ceux structurées dans l’AITD avec l’appui des bonnes volontés.

Le président de l’ONG ESD, Hadji Bâ a affirmé que la mise œuvre de ces mesures par son organisation au cours de l’année scolaire 2008-2009 dans certaines écoles, à Thidé particulièrement qui avait enregistré zéro admis au concours de juin 2009 a permis d’améliorer significativement les résultats au cours de cette année 2010.

Même constat fait par l’Amical des Enseignants de Touldé Doubango au cours du concours 2010 avec 23 admis contre 5 en 2009. L’amical dispensait des cours de soutien avant l’examen 2010. Cette proposition faite par le conférencier semble être partagée par bon nombre de participants à cette conférence qui a été d’une réussite totale.

Il faut rappeler que la mobilisation a été très importante. Des enseignants, notables, parents d’élèves, femmes, élus locaux, personnes ressources, étudiants, marabouts ont fait le déplacement de partout (Bababé, Wothie, Sarandogou, Escale, Thiénel, Boghé) pour prendre part à cette rencontre dédiée à l’éducation. Monsieur M’Baye Demba, professeur de français au lycée de Sélibaby et correspondant de presse, tiré à quatre épingle, ce jour là qui était le modérateur de cette conférence dont le coup d’envoi avait été donné par l’adjointe au maire de Boghé, Coumba Niang après le discours du président de l’Amical, monsieur Ousmane Demba Bâ.

Le mot de la fin a été prononcé par Abdourrahimou Dia recordmen de la longévité (28 ans) passés à la tête du bureau des parents d’élèves de Touldé suivi après de prières formulées à l’endroit de M. Bâ Mamadou Sinthiou, instituteur à la retraite rappelé à Dieu, la veille de la tenue de cette conférence.

Jules Diop Cp Brakna
Eveil Hebdo

www.cridem.org


Source :
Eveil Hebdo

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