ET SI JE VOUS PARLE DE L’ESCLAVAGE ?
Comme beaucoup d’entre vous, je n’ai hérité d’aucun racisme…..ne me
suis vu léguer aucun esclave….n’ai cautionné, à aucun moment, une
quelconque traite de peaux noires…..un quelconque forfait de négriers.
La question de l’esclavage, cause juste, soulevée depuis quelque temps,
me blesse chaque instant…..m’inquiète fort….et m’interpelle toujours.
Je sais que la Mauritanie en souffrirait pour longtemps encore…..et je
sais surtout que le problème devient, comme toutes les bonnes
réclamations des peuples, une foire d’empoigne…..un minerai de
lucre…..une tribune de jean-foutre…..un podium de bons-à- rien.
L’ancien système social maure, avec des réminiscences rebelles,
consacrait une organisation stratifiée et méchante, tirée de mythes
flous….alimentée d’hypocrisies crapuleuses…..et entretenue,
méticuleusement, par des maîtres asservisseurs.
Avec le temps, le
principe de la condition servile, avec ses douleurs et ses pitiés,
s’acoquine avec le système des valeurs et prend, petit à petit, comme
pensait Périclès, l’allure d’une situation juste, admissible et normale.
Ceci est valable pour la société maure et les esclavagistes des autres
ethnies.
L’indifférence des seigneurs se transmet alors à toutes
les générations et d’aucuns, se relayant le virus, finissent par
assumer, au niveau de l’inconscient et à celui de la pratique, des
statuts d’esclavagistes professionnels, de sympathisants à la traite
humaine, de simples indifférents, approuvant, comme ça, ce qu’ils
trouvent, par son habitude et par sa fréquence, un phénomène banal.
Les anciens esclaves ne comprenaient pas la liberté. Les anciens esclavagistes n’imaginaient pas la libération.
Les lois de la Mauritanie, depuis 1960, abolissent cette pratique. Mais
une mentalité séculaire, enracinés dans une certaine logique raciale et
encouragée par l’impuissance des moyens publics, goupille le bourreau
et sa victime dans une union durable qu’ils semblent, tous les deux,
accepter et bénir.
Les temps ont continué de changer.
Les
maures se sont frottés au monde. Des idées nouvelles sont arrivées. Des
asservis ont ouvert les yeux. Des esclavagistes ont été mis sur la
sellette. Un remue-ménage se produisit…et le statu quo ante ne peut, en
aucune façon, être restauré. Seulement, la question n’est pas aussi rose
que je semble l’avoir décrite.
Aujourd’hui, le discours
antiesclavagiste défraye la chronique, comme le reflet d’une urgence
sociale. A mon avis, il aurait dû le faire depuis toujours. Et je trouve
même que ceux qui s’y adonnent sont des hommes à la détente molle,
réveillés trop tard par des contextes douteux et jetés, par des
circonstances floues, sous les feux de la rampe. Au niveau pratique,
leur lutte, dans ses stratégies titubantes et dans ses méthodes à la
m’as-tu-vu, ne sert en rien la cause des anciens esclaves et n’apporte
point de solution au véritable problème.
J’aimerais bien que la
Mauritanie s’excuse…..même si le passif des ancêtres ne grève pas mes
crédits personnels…..bien que les premiers esclavagistes n’appartenaient
même pas à mon pays, ne relevaient pas d’une nation……n’étaient
ressortissants de nulle part. C’étaient juste des maures, à la peau
verte….aux visages émaciés, sillonnés par les rides…..et mangés par le
soleil.
Je ne suis jamais allé dans la Mauritanie profonde !
A mon âge, figurez-vous, je n’ai vu qu’une seule région de la
Mauritanie…..et n’en ai visité, depuis ma naissance, que trois petites
localités. Je suis donc fier de ne pas être le témoin oculaire de ce qui
se passe dans mon pays. Mais je suis un homme informé.
Il est
possible que des familles continuent de posséder des esclaves. Et il est
fort probable, sinon certain, que les rapports entre ces maîtres et
leurs « anciens captifs » se poursuivent toujours, sous forme de «
domination policée »….très ferme dans son essence……toute insupportable
dans son origine. Seulement, à ce niveau, le temps, lui seul, peut
changer les choses…..car le rapport de domination se transforme en
vérité récessive, inavouable, insaisissable, concrète et douloureuse.
J’appellerai cela, si vous le permettez, « le prolongement mental du
rapport d’esclavage ». Il est sous-tendu par la dépendance matérielle
des faux affranchis….leur inculture paralysante….et un syndrome
abandonnique, justifié par des siècles de dépendance et attisé par
l’ancrage d’un conditionnement psychique.
D’anciens esclaves, ne
voyant pas d’issues, tiennent éperdument à leurs anciens maîtres et
optent, tous les deux, pour une forme mitigé du rapport seigneur-serf.
Et ils continuent, en faux affranchis, à endurer la misère et à cultiver
l’inculture. Cela s’appelle, si l’on use de la formule politiquement
correcte, « les séquelles de l’esclavage ».
L’IRA et les tenants du
discours enflammé sont une expression normale de la colère des siècles.
Leur langage salé heurte les psychologies fragiles, dans la mesure où il
brise le voile d’un sacro-saint tabou, entretenu même dans
l’inconscient des non-esclavagistes, y compris moi, si vous ne trouvez
d’inconvénient.
Le discours de l’IRA épate un peu par son aspect
nouveau….soulage les âmes meurtries qui y voient, comble de la candeur,
le lever d’une émancipation. Il parvient, au-delà du bluff populiste et
du cajolement de l’égo victimal, à captiver des curiosités…..à
impressionner des incrédules…..et à faire saliver, dans l’Occident
lointain, les faux humanistes et les professionnels de déstabilisation.
Dans tous les cas, la Mauritanie, comme ce fut le cas pour les vieilles
sociétés esclavagistes, se dirige vers le nivèlement racial absolu, le
brassage métissant des couches à langue commune, la destruction
inexorable des gradations tribo-familiales, le délaissement progressif
de la sanctification des généalogies.
Mais il faudra, auparavant,
qu’un temps fou arrive à passer, que les niveaux culturels se
rapprochent, que les manières sociales s’égalisent, que des événements
majeurs, imprévisibles et inidentifiables a priori, fassent oublier à
tout le monde, sans remords ni regrets, la bêtise des aïeux….et les
douleurs du temps perdu.
L’IRA et la génération actuelle ne
seront pas de cette fête. Et l’histoire, à propos de la question de
l’esclavage, ne retiendra rien du tumulte de 2014…..et ne gardera dans
ses pages le moindre nom de tribuns malpoli…….le moindre patronyme de
marchand de l’espoir.
La propagande politique demeure le métier des
exagérateurs. Et l’esclavage mauritanien en devient, par les temps qui
courent, et à raison bien sûr, le thème magistral. Je bénis bien entendu
les remous qui secouent notre société…..m’attends, avec plaisir, à des
tourbillons salvateurs….mais dénonce, malgré tout, l’ascension des
imbéciles.
Je ne suis point dupe pour résumer les humains à des
pigments nuancés…..à juger les miens aux crédos de la mélanine. Mais je
sais que mon pays est complexe….qu’il se construit, depuis toujours, sur
des principes vexants….qu’il traîne des hontes manifestes…..qu’il se
prend, sans réagir, aux pièges des vieilles injustices.
La patience fait éviter les catastrophes.
Et la Mauritanie, plus beau pays du monde, nous appartient tous. Et
moi, sans les noirs libres, sans les harratine épanouis, je la déteste
du fond de mes tréfonds.
Commencez votre week-end avec la légende Black. Vive les harratine….mon autre moitié, mes préférés de toujours.