mercredi 15 décembre 2010

Baie de l’Etoile: Comment concilier les vocations ?




Une rencontre initiée par le ministère délégué auprès du premier Ministre, chargé de l’environnement, et le ministère de la pêche, a lancé une vaste concertation autour de la Baie de l’Etoile (BE). Cette concertation a passé en revue les enjeux de conservation de ce site écologique soumis à d’énormes de pressions de l’activité humaine.

Qui en Mauritanie n’a pas entendu parler du site privilégié des «Cabanons» à Nouadhibou? Prisé par les autochtones, pour leur «mise au vert», les week-ends après les jours de labeur, ce site touristique, par excellence, a fait la renommée de la ville de Nouadhibou.

Et l’endroit, avec ses cabanes en bois bordant la berge, sa lagune et ses bras de mer, se prêtait bien à cette fonction de villégiature, de dépaysement et de bien être des vacanciers. Mais au-delà de cet aspect estival, le site regorge aussi de vies écologiques diverses parfois insoupçonnées.

Un bouillonnement de vies qui joue un rôle important pour la reconstitution de nos stocks halieutiques. Mais avec le temps, la forte pression de l’anarchie urbanistique liée à une démographie galopante (prévisions de 130 milles habitants en 2010) et l’action irréfléchie de l’Homme (pêche, déchets domestiques…) font aujourd’hui craindre le pire avec le début de dégradation observé sur le site.

Etats des lieux : Parer en urgence à l’agression humaine.

Lundi, dans la petite salle de réunion du gouvernorat de Nouadhibou, l’ambiance est sérieuse. La première rencontre de la Commission d’orientation et de suivi de la directive d’aménagement du littoral (COS DAL), en dépit de l’absence des parlementaires, relève les nombreux défis auxquels la COS DAL doit faire face.

Les participants ont discuté des missions dévolues à la COS DAL mais également du cadre logique du programme triennal et du plan d’action 2011. Le premier souci est sans doute de passer à l’action et d’éviter de verser dans des rencontres qui se soldent par des engagements, sans lendemain.

La raison à cet engouement des membres de la COS DAL est de prendre à bras le corps le sauvetage, avant la sauvegarde, du site de la Baie de l’Etoile. Le constat dressé par les participants qui regroupent tous les acteurs chercheurs, administrations locales, société civile et bailleurs de fonds, est alarmant.

L’état des lieux montre combien la tâche est ardue et l’urgence pressante. En effet, le déséquilibre dans les vocations d’occupation de l’espace, de tourisme local et de conservation écologique inquiète. Au premier rang de cette inquiétude l’anarchie urbanistique qui a poussé ses tentacules jusqu’à annexer un domaine public maritime inaliénable.

Le phénomène est favorisé depuis des lustres par l’implication des anciens gouverneurs, par la démission des administrations, l’inapplication des lois sur le développement urbain et le déficit de coercition pour décourager l’espace public. Devant une telle démission, les squatters ne sont pas gênés.

Les cabanes ont laissé place à des occupations en dur. Comment donc faire face à un tel état de fait? Les nouvelles autorités régionales sont prises à cet héritage laissé par leurs prédécesseurs mais s’engagent à ne ménager aucun effort pour rectifier le tir.

Mais il y a pire encore, l’extension de la ville qui ne suit pas un schéma de développement conséquent (quartier Lemgheyti) déborde sur le site inondable d’où le risque de sinistre avec les marées hautes. Autres défis, l’ensablement du site par sa partie Nord, la pêche semi-commerciale sur le site, le désherbage de la lagune pour les besoins d’aliments de bétails.

A ces donnes qui entament le site, le diagnostic de la situation révèle des questions narcissiques comme le conflit d’intérêt non seulement entre les vocations économiques, foncières et biologiques de la BE mais également des conflits de compétences entre administrations. A l’issue d’échanges parfois houleux entre les participants, l’on s’accorde finalement sur les priorités.

Les recommandations font la part belle au gel de l’occupation anarchique du domaine public maritime.

Elles exhortent à clarifier la situation juridique de l’occupation de l’espace (ligne de démarcation entre la berge et les quartiers lotis, les permis d’occuper provisoires sur la berge), à mettre en place une police environnementale sur le site, à sensibiliser à un comportement citoyen (proximité du site pour l’éducation environnementale), à la recherche de financement d’activités en relation avec la meilleure péréquation des vocations de la BE. Un accent a également été mis sur les activités de sensibilisation et de mobilisations des populations riveraines.

COS DAL, un nouvel instrument pour la BE.

La Baie de l’Etoile est un site exceptionnel de 12 km carrés. Il a toujours suscité un intérêt particulier pour sa productivité biologique. Les scientifiques ne s’y trompent pas et tous les travaux de recherches ont révélé l’importance économique et pour la biomasse de la conservation de ce site. Ils ont également décelé l’impact sur le site d’une pression sans précédent modifiant le trait même de sa côte.

D’où l’urgence d’action pour renverser une tendance favorisée l’agression du milieu et l’inaction de l’Administration pour parer à la dégradation continue. Soucieuses donc d’éviter une catastrophe sur ce site, et conformément à leur agenda commémoratif de l’année internationale de la biodiversité, les autorités publiques semblent plus sensibles aux conclusions de la recherche scientifique.

Une commission d’orientation et de suivi de la directive d’aménagement du littoral (COS DAL) de la Baie de l’Etoile a ainsi été mise en place à l’effet, entre autres, d’«encadrer, faciliter et suivre le processus de gestion de la directive d’aménagement du littoral de la Baie de l’Etoile».

Cet effort est soutenu par un premier bailleur de fonds qu’est l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (Uicn). Cet aboutissement est le fruit d’un processus de gestion intégrée lancé dont la démarche avait été inaugurée depuis 1994, explique l’expert Mohamed Ould Mayiv, et dont la consécration a été l’adoption en 2005 du plan directeur d’aménagement du littoral (PDALM).

Conséquemment de ce plan est née la directive spécifique pour la BE. Et les chercheurs de conclure (conclusions du Groupe de Travail de l’IMROP) qu’il faut dès à présent accorder un statut privilégié à la BE, doublé de la mise en place d’un plan directeur d’aménagement et d’un programme de suivi environnementale.

Jedna Deida
Envoyé spécial à Nouadhibou

www.cridem.org


Source :
Le Quotidien de Nouakchott

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