samedi 2 octobre 2010

Tourisme en Mauritanien entre offre de développement socio-économique et culturel et défi de sécurité au Sahara : Quelles stratégies à entreprendre ?




En 2005, l’Organisation mondiale du tourisme prévoyait que, d’ici à 2020, le nombre d’arrivées internationales dépasserait un milliard et demi de voyageurs (1560 millions) dont 1,2 milliard de déplacements intrarégionaux et 400 millions de voyages transcontinentaux. La première région d’accueil devrait être l’Europe avec 717 millions de touristes, suivie par l’Extrême-Orient et le Pacifique (397 millions), les Amériques (282 millions), l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du sud.


En 2008, nous étions exactement encore à une décennie et deux ans de l’échéance de 2020 mais avec les 900 millions d’arrivées touristiques enregistrées de par le monde et plus de 1000 milliards de $ comme recettes touristiques, beaucoup d’esprits avertis ont osé croire à ces prévisions.

En 2009, même avec le recul causé en termes d’arrivées et éventuellement de recettes par la conjoncture économique et financière internationale peu appréciable, ces prévisions restaient encore de mise.

Mais au-delà de ces hauts et bas, naturels à bien des niveaux, qu’est-ce qu’un pays comme la Mauritanie peut-il bien lire à travers des chiffres comme ceux, ici, avancés et qui semblent défier tout problème socio-économique sur leur passage ? Où en est-on malgré ces lectures qui devraient s’annoncer, à bien d’égards, encourageantes ? Quelles visions pour la Mauritanie vis-à-vis d’un secteur comme le tourisme auquel rien ne semble pouvoir entraver la marche et susceptible de contribuer largement à la réalisation de la politique de développement multisectoriel de notre gouvernement ?

Pour répondre à ces préoccupations, il semble être capital de réfléchir d’abord à propos de réels problèmes de notre pays qui peuvent être résumés certes à ceux consécutifs au sous-développement mais à soubassement plus ou moins culturel. C’est contre ceux-ci que depuis environ cinq décennies, des combats de tout pedigree furent livrés à différentes manières. Mais s’il faudrait seulement juger par la réalité socio-économique voire culturelle du terrain, il y a lieu de se plaindre à bien des niveaux.

La pauvreté endémique avec ses lots de conséquences dérivées continue de caractériser la population mauritanienne en grande partie malade, en chômage et manquant d’infrastructures de base des plus élémentaires. Notre pays, méconnu à l’étranger, traîne l’image d’un Etat incontrôlable politiquement et ces dernières années, instable eu égard au problème sécuritaire dans la partie saharienne.

Le peu de satisfaction qu’il y a donc à noter reste une réalité dans les seules grandes villes de Nouakchott et Nouadhibou, devenues les lieux ultimes de retrouvailles des populations en quête de vie meilleure. Culturellement, le mauritanien se perd de jour en jour dans les méandres d’une mondialisation à laquelle il ne semble pas être préparé. Et à côté de tous ces problèmes, il y a lieu d’accentuer la limite de nos capacités à pouvoir mettre en place des solutions adéquates malgré les richesses incroyables de notre sous-sol.

Aujourd’hui, en nous conférant alors au secteur du tourisme, nous ne défendons pas contre vents et marées cette activité sous la qualification élogieuse de « providentielle », l’esprit pourtant aux expériences douloureuses de Costa del sol en Espagne en terme de bétonisation systématique du sol, le cœur à Agadir ou en Thaïlande en terme de tourisme sexuel ou encore à Marrakech en matière de folklorisation du patrimoine culturel, nous voulons juste saisir au saut qu’avec un tourisme sélectif selon les recommandations de notre déclaration de politique générale de tourisme en 1994, les problèmes multidimensionnels que connaît notre pays peuvent être surmontés à bien des niveaux.

Les réalités du terrain sont déjà révélatrices de cet état de fait. En effet pour la seule ville de Nouakchott et notamment dans la zone « marché capitale », nous avons pu dénombrer 110 agences de voyages. Avec une moyenne de trois employés (gérant, agent et planton) par agence, pour la seule zone de « marché capitale » nous avons alors 330 employés au total.

Et que dire du reste de la ville de Nouakchott, que dire de Nouadhibou ou encore Atar, Rosso et Nema, villes dont le potentiel de développement touristique ne fait plus de doute et où les entreprises touristiques et hôtelières (hôtels, restaurants, cafés…) poussent comme l’herbe sous les premières gouttes de la première pluie en saison d’hivernage ?

Du point de vue renaissance culturelle, les faits sont aussi patents. Bien que notre artisanat et notre patrimoine immatériel n’aient pas encore assez profité, il y a lieu d’avancer le cas de nos villes anciennes qui ont été revalorisées donc épargnées de l’usure de temps. En terme de maintien des populations à leurs résidences principales, la ville d’Atar est là pour être une preuve irréfutable. Avant les années de tourisme, cette ville était caractérisée par l’exode de sa population confrontée aux difficultés de la vie quotidienne. Avec le tourisme, ceux qui étaient déjà partis sont retournés pour la plupart. Les habitants d’autres villes de l’intérieur n’ont pas manqué aussi de venir y travailler et s’y installer.

Aujourd’hui ce que nous pouvons dire ce que le tourisme apparaît comme la solution adéquate aux problèmes multidimensionnels de notre pays. A bien d’avis avertis, les conditions ne font plus défaut. Avec une mosaïque de potentialités touristiques sur les plans naturel qu’humain, avec un environnement socio-politique de plus en plus sûr et des projets d’infrastructures de base en réalisation dans tous les domaines, seule reste la volonté de hautes instances de notre pays à s’affirmer. Mais qu’en est-il de ce secteur dans notre pays qui s’en est fait une préoccupation depuis 1994 ?

La première remarque est que la déclaration de politique générale de tourisme de notre pays qui date de 1994 avec ce qu’elle a eu comme effets depuis lors semble relever de la forme s’il faut vraiment juger par ce qu’elle a pu changer touristiquement. Malgré l’importance de nos potentialités touristiques sur les plans naturel et humain et le potentiel de développement que celles-ci présentent, notre tourisme n’arrive pas encore à faire sortir la tête de l’eau. Que l’on le veuille ou non le problème du tourisme mauritanien est d’abord d’ordre managérial.

Cette carence n’a pas permis d’appréhender les principaux problèmes du secteur et d’opposer les solutions urgentes qui s’imposent. Il s’ensuit le désintérêt des autorités, reconnues n’être sensibles qu’à ce qui rapporte. Ce qui a eu comme effet la non dotation de l’administration nationale du tourisme des moyens sur les plans humain comme matériel.

L’on peut facilement comprendre le pourquoi de tout le désordre qui caractérise aussi ce secteur destiné à être pourtant sélectif au début mais qui n’en est pour rien aujourd’hui. Les chiffres font défauts à tous les niveaux, le contrôle relève de l’exceptionnel si ce n’est pas d’inhabituel. Les autorisations se délivrent comme des petits pains. Donc de l’amont, tout est déjà au chaos et que peut-on réellement espérer de l’aval ?

Aujourd’hui avec les bavures sécuritaires au Sahara, la peur est dans tous les estomacs. Le chômage est en train de guetter plus de 15000 emplois. Des familles se préparent à rejoindre les bidonvilles de la capitale. Pourtant ce qui fait aujourd’hui chaos de tant d’espoirs a toujours été un quotidien pour beaucoup de pays du monde. L’exception n’est pas faite même pour les pays occidentaux. Mais leurs arrivées et leurs recettes en ont peu voire rarement souffert. Pourquoi cela n’est-il pas le cas pour notre pays ?

De toutes les rencontres, cette problématique n’a cessé d’être posée. Mais si les réponses n’ont toujours fait référence qu’au problème de communication, il y a lieu de suggérer qu’à certaines conditions. Au contraire, elle ne saurait être qu’un gâchis de plus. Car, il est d’un secret de polichinelle qu’une communication qui se fait que dans le seul but de relativiser voire contrecarrer une mauvaise nouvelle fondée en partie mais amplifiée et véhiculée par les medias internationaux ne saurait être qu’une gouttelette dans une mer surtout quand on sait que ces saccades de mauvais augure sont devenues de plus en plus fréquentes ces dernières années.

A mon avis, la stratégie qui doit être opposée par contre mérite d’être encore plus active et surtout d’effet à long terme. Perdre une seule saison touristique ne saurait être interprété comme un décalage dans une démarche qui vient d’être entamée et qui se planifie sur le long terme surtout lorsque cela relève d’une contrainte. La perdre et pouvoir la planifier afin de ne jamais plus la perdre est l’objectif final. Ce qui suppose que la communication doit être appuyée pas une politique de diversification à tendance régionale. Enfin de compte, il s’agit d’être moins dépendant et surtout prévenir les conséquences d’éventuels retraits de la part de certains T.O. Dans ce cas, si le Nord ne marche pas, l’Est, l’Ouest ou encore le Sud, de leur côté, fonctionnent.

Toutefois, tout cela ne peut être possible qu’avec une véritable implication de hautes autorités. Ce sont elles qui doivent définir les grands objectifs à assigner à ce secteur. Ces objectifs, à bien des niveaux, sont multiples mais parmi les plus importants, trois peuvent correspondre à la politique générale de notre gouvernement actuel. Il s’agit notamment de la lutte contre la pauvreté dans un esprit de développement socio-économique décentralisé.

Il s’agit aussi de consolider l’unité nationale à travers d’abord l’ouverture de communautés composantes de notre population les unes vers les autres mais aussi la renaissance culturelle sensée spécifier la Mauritanie dans une ère de mondialisation qui semble tout faire appartenir aux puissants de ce monde lorsque le contraire va pourtant de l’intérêt de tous. Il s’agit aussi de travailler l’image de notre pays par la dynamisation des investissements locaux et internationaux ainsi que la construction des infrastructures de toute espèce.

L’expérience de beaucoup de pays du monde dont parmi les plus proches sont le Maroc et la Tunisie a prouvé que le tourisme est en mesure de remplir ces rôles lorsqu’il est planifié dans un esprit identique à celui qui a caractérisé notre déclaration de politique générale du tourisme de 1994.

Pour y parvenir, le tourisme n’impose pas un réajustement actif d’envergure. Il s’agit juste de faire des déclarations en ce sens et de rendre disponible les éventuels moyens (humains et financiers) qui s’imposent tout en veillant à l’application et au respect des points focaux de la politique générale du tourisme. Nous écoute-t-on pour autant ? Espérons que cette fois-ci sera la meilleure.

Soulé Abdou Diarra
E-mail : diarra999@yahoo.fr
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Source :
diarra

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